«Le seul général de l’armée suisse» ?

Le jeudi 17 avril 2026, dans le cadre de l’émission La Matinale de la RTS, le réalisateur lausannois Stéphane Goël présentait son documentaire sur la neutralité En terrain neutre.

Au cours de cet entretien, la discussion s’est articulée autour du rôle de la neutralité dans la promotion de la paix, à la lumière de l’activité de la Commission de supervision des nations neutres en Corée (CSNNNNSC), établie à Panmunjom, au sein de la zone démilitarisée séparant la République populaire démocratique de Corée de la République de Corée. Dans ce contexte, Stéphane Goël évoque le contingent suisse, composé de «cinq militaires suisses placés sous le commandement d’un général, le seul général de l’armée suisse» (à partir de 43’30’’).

Bien qu’il s’agisse là d’un point de détail sans impact stratégique, il convient de revenir sur la désignation du chef de la délégation comme «le seul général de l’armée suisse», celle-ci procédant d’une confusion fréquente.

Cette méprise trouve son origine dans la typologie particulière des grades en usage en Suisse. Dans les armées étrangères, les officiers dont le grade est supérieur à celui de colonel (soit au-delà du niveau OF-5 selon la nomenclature OTAN) appartiennent au corps des officiers généraux. Les appellations correspondantes, variables selon les pays, s’échelonnent, pour les forces terrestres en temps de paix, de général de brigade (OF-6) à général de division ou major général (OF-7), puis à général de corps d’armée ou lieutenant général (OF-8), jusqu’au grade de général d’armée (OF-9).

En Suisse, toutefois, seul le commandant en chef de l’armée (OF-9) porte le grade de «général». Celui-ci est élu par le Parlement, conformément à l’article 84 de la Loi sur l’armée, «dès qu’une levée de troupes importante est prévue ou ordonnée» en service actif. En revanche, les grades des officiers généraux suisses, brigadier (OF-6), divisionnaire (OF-7) et commandant de corps (OF-8), correspondent, dans les armées étrangères, à des grades de généraux, et ils sont d’ailleurs désignés comme tels lors de missions ou de visites à l’étranger.

Ainsi, Ivo Bürgener, chef de la délégation suisse à la CSNN, n’est pas l’unique (officier) général suisse. À l’instar de son homologue suédois, le major général Fredrik N A Stålberg, il détient un grade du niveau OTAN OF-7, celui de divisionnaire, au même titre que ses dix-huit collègues en activité au sein du groupement Défense.

Il convient enfin de rappeler que, jusqu’au milieu des années 1970, les officiers généraux suisses étaient désignés sous les appellations de colonel-brigadier, colonel-divisionnaire et colonel-commandant de corps, héritage d’une époque où ces officiers portaient une casquette de colonel. La suppression de ce préfixe résulte des recommandations formulées par la «Commission Oswald» (Kommission für Fragen der Militärischen Erziehung und Ausbildung der Armee. 1970. Bericht der Kommission für Fragen der militärischen Erziehung und Ausbildung der Armee. [S.l.]).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You can use the Markdown in the comment form.

To respond on your own website, enter the URL of your response which should contain a link to this post's permalink URL. Your response will then appear (possibly after moderation) on this page. Want to update or remove your response? Update or delete your post and re-enter your post's URL again. (Find out more about Webmentions.)