Illustration: Le général de division Patrick Gauchat, chef de la délégation de la Commission de supervision des nations neutres en Corée de 2017 à 2021, devant un grillage surmonté de barbelés, au camp de la commission, Panmunjeom, désigne de la main la borne frontière avec la Corée du Nord. Octobre 2019.
Le jeudi 17 avril 2026, dans le cadre de l’émission La Matinale de la RTS, le réalisateur lausannois Stéphane Goël présentait son documentaire sur la neutralité En terrain neutre.
Au cours de cet entretien, la discussion s’est articulée autour du rôle de la neutralité dans la promotion de la paix, à la lumière de l’activité de la Commission de supervision des nations neutres en Corée (CSNN – NNSC), établie à Panmunjom, au sein de la zone démilitarisée séparant la République populaire démocratique de Corée de la République de Corée. Dans ce contexte, Stéphane Goël évoque le contingent suisse, composé de «cinq militaires suisses placés sous le commandement d’un général, le seul général de l’armée suisse» (à partir de 43’30’’).
Bien qu’il ne s’agisse ici que d’un point de détail, sans incidence sur l’évolution de la politique de défense, il convient de revenir sur la désignation du chef de la délégation comme étant « le seul général de l’armée suisse », formulation qui procède d’une confusion fréquente.
Cette méprise trouve son origine dans la typologie particulière des grades en usage en Suisse. Dans les armées étrangères, les officiers dont le grade est supérieur à celui de colonel (soit au-delà du niveau OF-5 selon la nomenclature OTAN) appartiennent au corps des officiers généraux. Les appellations correspondantes, variables selon les pays, s’échelonnent, pour les forces terrestres en temps de paix, de général de brigade (OF-6) à général de division ou major général (OF-7), puis à général de corps d’armée ou lieutenant général (OF-8), jusqu’au grade de général d’armée (OF-9). On attribue à chaque grade une « étoile »: d’une pour le brigadier à quatre pour le général d’armée.
En Suisse, toutefois, seul le commandant en chef de l’armée (OF-9) porte le grade de «général». Par le passé, on a probablement voulu restreindre le champ sémantique du mot au seul «général à quatre étoiles» pour mettre en exergue son rôle de derniers recours. Le général est en effet élu par le Parlement, conformément à l’article 84 de la Loi sur l’armée, «dès qu’une levée de troupes importante est prévue ou ordonnée» en service actif. En revanche, les grades des officiers généraux suisses, brigadier (OF-6), divisionnaire (OF-7) et commandant de corps (OF-8), correspondent, dans les armées étrangères, à des grades de généraux, et ils sont d’ailleurs désignés comme tels lors de missions ou de visites à l’étranger.
Ainsi, Ivo Bürgener, chef de la délégation suisse à la CSNN, n’a pas un grade équivalent à celui d’un commandant en chef de l’armée. Il n’est pas non plus l’unique (officier) général suisse. À l’instar de son homologue suédois, le major général Fredrik N A Stålberg, il détient un grade du niveau OTAN OF-7, celui de divisionnaire, au même titre que ses dix-huit collègues en activité au sein du groupement Défense.
Il convient enfin de rappeler que, jusqu’au milieu des années 1970, les officiers généraux suisses étaient désignés sous les appellations de colonel-brigadier, colonel-divisionnaire et colonel-commandant de corps, héritage d’une époque où ces officiers portaient une casquette de colonel. La suppression de ce préfixe résulte des recommandations formulées par la «Commission Oswald» (Kommission für Fragen der Militärischen Erziehung und Ausbildung der Armee. 1970. Bericht der Kommission für Fragen der militärischen Erziehung und Ausbildung der Armee. [S.l.]).
